Les deux tourbières les plus étendues et les plus connues de la Rhön, « Schwarzes Moor » et « Rotes Moor », sont bien aménagées pour l’accueil touristique (chemins faciles d’accès, panneaux d'information) et sont accessibles à pied sec par tous les temps ou presque. Elles sont très attrayantes pour les randonneurs, qui s’y retrouvent souvent par milliers les dimanches de beau temps. Il existe aussi dans la Rhön d'autres tourbières, plus vastes ou plus petites, mais moins accessibles : « Kleines Moor », « Großes Moor » et « Moorlein » situées dans la « longue Rhön », « Petersee Moor » et « Stedtlinger Moor » localisées dans la « Kupppenrhön » en Thuringe, ainsi que de nombreuses petites tourbières présentes dans des forêts et des prairies humides.
Comment se forment les tourbières ?
Le processus de formation d’une tourbière est complexe mais peut être simplifié de la manière suivante :
Quand le niveau d'eau est élevé dans le sol pendant une longue durée, des micro-organismes, qui décomposent habituellement les matériaux végétaux, peuvent disparaître à cause du manque d'oxygène. Des matières organiques en décomposition s’accumulent alors de plus en plus, ce qui forme la tourbe. Si ces conditions restent stables pendant longtemps, on assiste à une augmentation du dépôt de substances organiques en décomposition c'est-à-dire de tourbe, formant ainsi peu à peu une tourbière. Mais la croissance d’une tourbière est très lente et imperceptible par l’homme.
On distingue, en fonction du début du processus, deux grands types de tourbières différents : les tourbières marécageuses et les tourbières sédimentaires. On distingue également deux types de tourbières selon le niveau de l'eau : les tourbières émergées et les tourbières immergées.
La faune et la flore dans les tourbières émergées
Flore
Les plantes d'une tourbière émergée ne peuvent se nourrir que grâce à l'eau de pluie et aux éléments nutritifs qu'elle contient. La genèse et la vie d'une tourbière émergée ainsi que du monde vivant qu’elle abrite nécessitent donc un niveau de précipitations suffisamment élevé. Ces précipitations sont retenues par les mousses de la tourbe qui fonctionnent comme une éponge.
Dans la couche supérieure d'une tourbière émergée qui est un milieu pauvre en éléments nutritifs et fortement acide, seules des espèces spécifiques adaptées à ce milieu peuvent vivre et se répandre. La majorité des animaux et des plantes « ordinaires » ne supportent pas ces conditions.
Les espèces de Droséra, parmi lesquelles la Droséra à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) est la plus souvent représentée, sont les seules espèces végétales exigeantes en éléments nutritifs que l’on puisse trouver dans une tourbière émergée. Ce sont des plantes carnivores, elles se procurent les éléments nutritifs dont elles ont besoin en attrapant des insectes. En cas de nécessité, elles se nourrissent de mouches qui s’attachent aux feuilles à l’aide de leurs tentacules collantes et sont « digérées » par la plante. En allemand, les Drosera sont appelées « Sonnentau », des mots soleil et rosée. Ce nom fait référence à leurs sécrétions imitant les gouttes de rosée qui étincellent au soleil sur les poils des feuilles.
Faune
Par leur isolement relatif, les tourbières offrent de nombreuses possibilités de repli et de cachette aux animaux à la recherche de calme. Ainsi, on rencontre souvent dans les zones sèches des tourbières des animaux vivant habituellement en forêt ou prairie, tels que le chevreuil ou le renard. Et les animaux des zones humides devenues rares utilisent les « tourbières oasis » comme zone de repli.
A la base, une tourbière est un milieu très pauvre en espèces animales. Les animaux des tourbières se sont bien adaptés aux conditions extrêmes de l'environnement. Les animaux aquatiques en particulier ont dû s’adapter à des eaux pauvres en éléments nutritifs, riches en substances humiques, où les variations de température sont fortes et où l'acidité a des « effets toxiques ». L'évolution a généré des espèces animales capables de vivre dans un milieu où leurs ancêtres, habitués à l’eau douce « normale », seraient morts. Les poissons ne sont par exemple jamais présents dans les étangs, mais on y trouve un crabe caractéristique.
On peut aussi observer des libellules comme l’Aecshne des joncs (Aeshna juncea), la Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia) et la Cordulie arctique (Somatochlora arctica). Ces espèces rares en général sont encore présentes ici en grand nombre et leur vol peut être admiré par temps ensoleillé. Toutefois, les libellules de tourbière restent particulièrement sensibles aux perturbations du milieu. Ainsi, la dégradation de la qualité de l'eau dans les étangs de Schwarzes Moor a probablement conduit à l'extinction de l’Aeschne subarctique (Aeshna subarctica), espèce extrêmement rare, alors que, partout, des espèces communes de libellules se sont multipliées.